J'enjambai la moto avec difficulté en ôtant le casque qui étouffait depuis quelques minutes mes idées noires. Les pied enfin stable, sur le béton gris, je me tournai vers Danny espérant sans doute un quelconque évènement qui aurait pu changer la situation mais c'était évidemment en vain. Avant de démarrer en trombe il tourna la tête vers moi, l'image de ses yeux bleus, profond et pourtant inexpressif me hanterai durant toute la journée.
Je n'étais pas au bord des larmes, je n'étais pas plus malheureuse que ça, non, la rage qui grignotait mes entrailles petit à petit commençait à me vider de tout autre sentiment que celui de la haine. J'étais plus enragée qu'un berger allemand, les dents acérées face à sa pauvre victime. Le nom de Linda me donné la nausée et celui de Danny l'envie de crier. J'étais bien trop en colère pour éprouver une quelconque déception, Danny aurait pu...il aurai pu...peut être...toutes ses hypothèses rongées mon cerveau et sans doute toute les cellules qui me permettait encore d'être lucide. Mise à part le fait que Linda était la cause d'un nouvel échec dans ma nouvelle vie, rien ne me paraissait assez claire pour être étudié. "Je ne te parle plus d'amitié...", oui je l'entendait encore, sa voix, grave, déçu et presque misérable, j'aurai pu être heureuse peut être même que j'aurai du mais étrangement l'affaire me paraissait bien plus compliquée. Ce n'était pas une histoire d'amour non oubliée, ce n'était pas une page qui n'était pas tournée, c'était bien pire, il s'agissait d'un amour mort à jamais, quelque chose qui ne connaîtrai plus de fin puisqu'elle était restée en suspend. Comment offrir à quelqu'un ce que l'on avait donné à une autre et que l'on ne pourra plus jamais reprendre? J'aurai voulut qu'il puisse me donné un peu de ce qu'il avait offert à Linda mais il ne pouvais apparemment pas.
Ce n'était pas une question de temps, il aurait pu mais il ne pourra pas...Cette affirmation résonna dans ma tête tandis que j'essayai de me convaincre que ce n'était rien. Je n'étais pas plus fascinée par lui que je pourrais l'être par quelqu'un d'autre. Danny n'était pas fait pour moi de toute les façon, les sentiments qu'il avait fait naître en moi n'étaient que des brouillons à jeter, seulement un aperçut de ce que cela aurait pu être. Je l'oublierai comme Peter, comme Chyandour, comme mon ancienne vie et j'irai mieux. Il l'avait dit lui-même « ne pas se plaindre, aller de l'avant et faire comme si tout allai bien ».
Non, ce n'était pas une question de temps, pas une questions de jours, ni de mois...
Je décidai de rester cloîtrer entre les quatre murs de ma chambre durant toute la journée un livre à la main. C'était un nouveau roman que je venais de commencer, il ne parlait pas d'amour, ni de déménagement, non il parlait seulement d'une autre époque, celle où les corsaires tentaient de survivre en mer à la recherche d'un nouveau monde, j'avais toujours détesté ce genre d'histoire et pourtant elle m'offraient aujourd'hui la paix d'esprit et l'evasion que je recherchais tant.
J'eus l'impression d'avoir dormis des jours entiers, mon corps était raide, et mon esprit embrumé d'étranges souvenirs. Des corsaires, un bateau, la mer...je me rappelais à présent, je m'étais tout simplement endormis, avais-je rêvé?
-Chérie...tu te sens bien?
La voix douce de mon père m'arracha un sourire.
-Oui, murmurai-je la voix encore ensommeillée.
-Tu t'es endormie sur le canapé...tu as une mine terne.
Il passa sa main dans mes cheveux avec tendresse. Ce geste évoqua en moi de vieux souvenirs, ceux du temps où nous étions encore proche.
-Sa va papa. J'ai passé une mauvaise journée...
-Nous sommes mardi, je n'ai pas voulut te réveiller hier soir.
-Oh mince!
Je me levai d'un bond afin de rejoindre la salle de bain où je pourrai constater l'état incontestablement effroyable dans lequel j'étais. Dormir avait parfois des tords, mes yeux étaient si petits et fatigués. Alors que la poignée tenait fermement dans ma main droite, j'eus une affreuse sensation de tournis, la pièce encore à moitié vide semblait bouger autour de moi avec malice. Un vertige qui me fit vaciller violemment.
-Maddy!
Mon père me rattrapa par la taille, affolé.
-C'est rien, juste un petit moment d'égarement!
-On appel ceci un malaise Maddison!
-Non, je t'assure je vais bien, n'entêtai-je.
-Assis-toi!
Il me guida jusqu'au canapé où je m'effondrai ne pouvant plus ignorer mon indiscutable faiblesse. Il glissa sa main froide sur mon front, apaisée je fermai les yeux.
-Tu as des soucis en ce moment? S'inquiéta t-il.
-Non...je vais très bien.
-Tu manges bien...même quand je ne suis pas là?
Manger? Ce mot avait échappé à mon vocabulaire depuis au moins trois jours. Je devais avouer que mise à part les pizzas de vendredi derniers chez Harry, je n'avais pas vraiment pris le temps de m'occuper de mon estomac.
-Tu n'es jamais là!
-Répond à ma question!
-C'est pas marrant de manger toute seule et puis...je n'y pense pas, tentai-je de lancer nonchalamment.
Mon indifférence ne parut pas le rassurer le moins du monde.
-Il faut que tu manges enfin!
-Mais papa, c'est bon, je ne vais pas me laisser mourir et puis de toute façon j'ai bien quelques kilos à perdre.
-Tu es folles! Tu n'as pas besoin de perdre quoi que ce soit, ne rentre pas dans ce jeu là!
Je soupirai, encore une de ses leçons de morale.
-Arrête, je ne le fait pas exprès, c'est juste que je n'y pense pas, je n'ai pas faim c'est tout.
-Tu vas rester à la maison aujourd'hui, c'est mon jour de repos je vais pouvoir m'occuper de toi et te surveiller! Je vais te chercher un bon petit déjeuné, va te mettre dans ton lit!
-Pap'
-Non Maddy, ne discute pas, tu as trop mauvaise mine!
Il disparu de mon champs de vision. Après tout m'accorder une journée supplémentaire de repos n'était pas un si mauvais plan. L'idée de revoir Danny me rendait malade.
D'un mouvement malhabile et lent je me relevai et montai dans ma chambre effleurant les murs blancs du bout des doigts pour ne pas perdre l'équilibre. Je n'aurai pas cru cela aussi difficile, mes jambes ne paraissaient plus supporter mon poids. Je me glissai sous mes draps glacés et relevai la couette sous mon menton.
-Et voilà un petit déjeuner digne de ce nom!Lança mon père en entrant dans ma chambre, un plateau rempli dans les mains.
-Je n'ai pas faim...
-Sa je m'en moque, tu as intérêt à manger!
Il déposa son oeuvre sur mon matelas et s'installa à côté.
-Tu sais je suis conscient que ce déménagement à du être difficile pour toi, je suis désolé Maddy je ne voulait pas que tu en tombe malade...
Son air triste et coupable me fendit le coeur, comment pouvait-il se rendre responsable des conséquences de ma seule stupidité?
-Enfin papa, tu n'y ai pour rien, c'est de ma faute, je n'ai pas su gérer la rentrée, j'ai cru que j'étais plus forte que ça.
-Ne te tue pas au travail mon coeur...il faut que tu ai une vie à côté.
Qu'il ne s'inquiète pas pour ça, ce n'était ni ma dissertation de philosophie ni mon devoir de maths qui m'avait poussée à ne pas manger et à avoir un malaise. Ma vie "d'à côté" comme il disait me tourmentait bien plus, si bien que la seule personne monopolisant cette vie m'avait lachement fait comprendre que je pouvais aller me faire voir. Après mûre réflexion, Linda n'était peut être qu'une excuse à un manque de courage évident.
Un faible rayon de lumière traversa mes rideaux de toile pour venir s'abattre sur le coin de mon oreiller. Je clignais des yeux, tentant difficilement de me réveiller complètement. Je me sentais plus fatigué encore que je ne l'avais été la matinée et pourtant je n'avais fait qu'une seule chose de ma journée, dormir. Absorbée par ce halo de lumière je jetais un coup d'oeil vers la fenêtre, il faisait beau, et moi, j'étais ici, sous ma couette...Quelle frustration, prisonnière de cette étrange fatigue je doutais de pouvoir profiter de mon balcon. Mon réveil affichait 15H30, c'était inconcevable, comment avais-je pu dormir autant de temps d'affiler? Je lançai un soupir en me redressant quand on frappa à ma porte.
-Oui papa, tu peux entrer! tentai-je de prononcer de ma voix enrouée par le sommeil.
La porte s'entrouvrit et la tête de mon paternel se glissa dans l'embrasure, un sourire aux lèvre.
-Il y a quelqu'un qui est venu pour voir comment tu allais! Je la laisse entrer?
-Euh...oui.
Surprise, je me redressai un peu plus en passant une main dans mes cheveux, qui ressemblait plus à une crinière emmêlé qu'à de réel cheveux humain.
-Hey salut! Danny m'a donné ton adresse!
La voix douce de Lucy me réconforta et je tentai de faire abstraction de ce nom désagréable, il n'était plus question de lui à présent. Elle s'avança dans la pièce sur la pointe des pied, comme si un bruit trop perçant pouvait me briser en mille morceaux. Son attention me fit chaud au coeur et je retrouvai un peu d'énergie.
Je fit un signe de tête à mon père qui referma la porte délicatement tandis que mon amie s'installait auprès de moi.
-Tu peux t'asseoir! m'exclamai-je en me décalant sur la droite, afin de lui laisser un bout de mon matelas.
-Alors, qu'est ce que t'as?
-Je ne sais pas trop, j'ai fais un petit malaise. Ce n'était rien qu'un vertige mais mon père à tenue à me garder ici.
-Et ce matin tu ne te sentais pas mieux?
Ma gorge se serra, devais-je lui dire à propos de lundi et de mon escapade mouvementé avec Danny Jones, son meilleur ami? La vie semblait avoir bien fait les choses, ce malaise était l'excuse idéale à cet aventure que j'aurais préféré oublier.
-Non, encore très fatiguée!
Elle sourit tendrement en soupirant.
-Tu sais, on était tous très inquiet, d'autant plus que Danny était absent hier aussi! Peut être qu'il y a une épidémie...
-Je ne suis pas malade, c'est plus une grosse fatigue ne t'en fais pas, demain je serai sur pied.
Elle acquiesça hésitante et se concentra sur un point invisible de mon mur.
-Et avec Dougie? demandais-je avec intérêt.
J'espérais sincèrement que toute cette histoire soit passé au oubliette, pourtant le regard que me lança Lucy m'ôta instantanément cette idée de la tête.
-Il refuse de m'adresser la parole. Les garçons ont essayé de le raisonner, surtout que Angela lui a pardonné...mais il ne veut rien entendre.
Mon silence la fit rire tristement.
-Je me demande même si il n'y a pas une autre raison à toute cette histoire.
-Dougie te l'aurait dit.
-Peut être...
Elle inspira plus profondément qu'il me semblait possible de le faire et me jeta un regard malicieux.
-J'ai envie d'un énorme pot de crème glacé, chuchota t-elle en se mordant la lèvre inférieur.
-Je ne crois pas être en possession de ceci, répliquai-je en souriant.
Elle se leva brusquement et me jeta le jean posé sur ma chaise de bureau.
-Je vais demander l'autorisation à ton père pour te sortir de cette pièce étouffante! C'est vrai, sa sent le renfermé ici, faut que tu prenne l'air!
-Mais...
-Pas de discussion Mademoiselle, tu t'habilles, on va allé se gaver de sucreries, sa va te donner des forces!
-Je ne sais pas si je tiendrai debout!
-Dans ce cas je te porterai allé!!!
Elle me tira par le bras hilare et je ne pu résister au son cristallin de son rire. Cette idée paraissait la rendre heureuse et je n'avait pas envie de la décevoir, Dougie l'avait suffisamment fait.
"Sugar'n'Cream", ce nom me fit saliver.
-C'est le meilleur glacier de la ville!
Lucy n'eut pas besoin de me pousser pour entrer. Les couleurs pastelles du comptoir m'attirèrent directement à lui.
-Maddy qu'est ce que tu veux?
Je pointai mon index sur la carte bien mise en évidence à côté de la caisse et soupirai d'extase à l'idée de sentir le goût du chocolat sur ma langue impatiente.
-2 américaines au chocolat...et noix de pékans!!
Lucy me fit un clin d'oeil révélateur, pas de souci, les noix de pékans j'adorais. Enfin assise à l'une des nombreuses petites tables en verre, Lucy s'accouda et me fixa avec intérêt.
-Qu'est ce qu'il y a?
-Tu sais que tu peux tout me dire!
La pointe d'accentuation sur le "tout" était bien réelle, était-elle au courant de quelque chose que je ne lui aurait pas révélée?
-Allé Maddy, on est amie maintenant...raconte moi!
-Te raconter quoi? Ce n'est pas que je doute de notre amitié mais je n'arrive pas du tout à te suivre là!
Elle esquissa un sourire tandis que le serveur déposait les monstrueuses crèmes glacées devant nos yeux brillants.
-Allé je te met sur la voie...Danny?
Mon coeur fit un bond avant de s'arrêter brusquement. Danny?
-Danny? lançai-je la voix étrangement faible.
-Oui, il paraissait mort d'inquiétude aujourd'hui alors qu'en temps normal je ne vous ai jamais vu réellement proche...aurai-je raté quelque chose? demanda-telle malicieuse.
Cette révélation sembla remplir mon corps d'une immense onde d'énergie...ou peut être était-ce la grosse cuillère de glace au chocolat que je venait d'engloutir.
-Il était inquiet?
-Aahaahh sa t'intéresse!!
-Non, pas du tout, sa me surprend.
-Alors tu n'as rien à me révéler de croustillant? s'enquit-elle, déçu.
Mon esprit s'embrouilla quelques secondes, j'avais un fort besoin de partager mon mal-être avec quelqu'un mais je ne connaissais pas suffisamment Lucy et de plus Danny et elle étaient très proche.
-Il n'a pas voulut passer avec moi, il avait des choses à faire, mais il avait l'air rassuré que je vienne prendre de tes nouvelles! Et surtout il m'a fait promettre d'appeler pour lui dire comment tu allais!!
Elle haussa les sourcil en plantant sa cuillère dans sa glace. Alors il n'en avait pas rien à faire de moi?
-Oh...tu lui diras que je vais très bien, c'est juste que j'ai du mal à tirer un trait sur le passé. Je me rend malade avec Peter et le reste tu comprends!
Étais-je en train de mentir afin de le rendre jaloux? Quel chose pathétique...
Lucy fit une moue approbatrice et me toucha la main d'un geste amicale.
-Je comprend, c'est pas facile.
Hou la menteuse, Peter était depuis longtemps rangé dans mes archives, en tout cas depuis que Danny m'avait adressé la parole. Je me détestais, l'oublier ainsi pour un garçon qui ne voulait pas de moi.
-Tu sais, je suis contente, Danny est différent depuis quelque temps, il revient vers moi!
-Tant mieux...murmurai-je en souriant.
-Je crois qu'il commence à faire le deuil de Linda...
Je déglutit.

