. Quelques minutes plus tard Danny freina devant une grande entrée, elle n'était pas particulièrement éclairée et aucun panneaux ou affiches n'indiquaient un endroit branché de la capital. Je descendit de la moto, l'équilibre précaire, Danny tenant mon bras comme il le faisait à chaque fois pour m'épargner une nouvelle chute. Une fois sur pied il s'apprêta à me lâcher mais je le retint brusquement.
-Attend! m'écriai-je en sortant de mon sac les escarpins noirs sur lesquelles je misais pour avoir l'air plus habillée que d'habitude.
-Tu ne peux pas attendre que je descende à mon tour de la moto pour changer de chaussure? s'impatienta t-il.
-Non, tiens moi, je ne veux pas m'écraser par terre!
Il soupira l'air cependant amusé et me regarda gigoter et balancer dans tout les sens afin de ne pas perdre le peu d'équilibre qu'il me procurait en me tenant l'avant bras.
-Très sexy! Maintenant est ce que je peux garer la moto? lança t-il sur un ton enjôleur.
Pour seule réponse il eu le droit à une grimace agacée. Je remis mes cheveux en place, les casques n'était pas réputés pour préserver les brushing. Je ne m'aventurai néanmoins pas seule à l'intérieur du club et attendis Danny les bras croisés.
Je commençai à m'impatienter quand un homme aux allures de cow-boy s'approcha de l'entrée. Je m'écartai pour le laisser passer mais il s'arrêta face à moi. Craintive, je tournai la tête dans une direction opposée.
-Bonsoir...
Son haleine empesté l'alcool, une odeur écoeurante et repoussante. Je fit un pas en arrière observant les ombres de son chapeau sur le sol, il portait des bottines à frange, une mode un peu dépassée pour un garçon pensai-je.
-Hey beauté tu es toute seule?
Mon empressement s'accentua. Où était Danny? Je commençai à sentir mes nerfs se raidir et mon coeur battre à tout rompre avant de s'arrêter brutalement devant l'air de pervers de l'inconnu.
-Plus maintenant!
La main de Danny s'écrasa violemment sur l'épaule de l'homme le faisant reculer de plusieurs pas.
-Hey gamin calme toi! grommela t-il.
-Rentre Maddy! s'énerva Danny.
-Mais...
-Rentre sinon je te promet que je lui en colle une!!
Il me poussa dans un petit couloir qui devait nous conduire à la salle principale et s'empressa de me suivre les poings serrés.
-Détends-toi! ce type ne m'a pas touché!
-Désolé Maddy mais je m'efforce de faire en sorte de ne pas détruire le nez de quelqu'un à chaque fois qu'on passe une soirée ensemble! Crois moi c'est plus dur que sa en à l'air tu attires tous les connards de la ville!
Je soupirai d'exaspération, non pas que le rôle de protecteur qu'il s'était crée me pesait sur les épaules mais je commençais à être irritée de toutes ses allusions sur ma malchance et ma maladresse. Comme si tout les malheurs de la ville ne dépendaient que de moi et de mon aura malencontreux.
-J'en ai marre!
Il haussa les sourcils, interrogateur.
-Si je ne t'apporte que du malheur alors arrête de chercher à me voir!
Il eut un geste de recul, surpris, peut être vexé aussi. Les mots que je venais d'émettre avait parcouru mon corps comme une onde électrique puissante capable de faire cesser mon coeur de battre. Impossible d'envisager cette option, j'espérais qu'il en soit de même pour lui.
-Et qu'est ce que tu ferais sans moi?
Je cherchais à deviner si cette pointe d'humour était du à l'angoisse de ne plus me voir. J'aurai aimé que la réponse soit oui, malheureusement il s'était armé de son bouclier plus aisément que jamais et lire dans ses yeux était tout simplement impossible.
-Je redeviendrai la Maddison qui existait avant de te rencontrer.
Une Maddison fade et sans saveur, une adolescente anodine amoureuse de Peter, un garçon anodin. Je frissonnai. Danny n'avait rien d'anodin ou de banal. Il était le garçon le plus unique et le plus captivant qu'il m'avait été donné de rencontrer. Replonger dans le passé aurait été comme perdre mes deux jambes. Je serai redevenu la jeune fille de 17 ans, maladroite et révoltée contre le monde entier. Aujourd'hui, avec lui, je sentais ma maladresse devenir une arme de séduction massive qui le clouerai à moi pour l'éternité et mon esprit rebelle ne pouvais en vouloir qu'à lui, un chance pour le monde.
-Oh et comment était-elle? demanda t-il amusé.
-Pas vraiment différente, mentis-je.
Je sentis mes joues rougies de honte à un pareil mensonge. Lorsque Danny posait ses yeux profonds sur moi, les rares fois où il baissait sa garde, j'avais le sentiments d'être une personne merveilleuse. Comment ne pas se sentir différente? Il me donnait l'impression d'être Juliette le soir du bal. Malheureusement, tout comme cette héroïne, le "happy end" ne semblait pas être de mise et malgré la possibilité qu'il m'aime un peu, jamais il ne parviendrai à atteindre l'himalaya de mes sentiments. Je n'étais que l'actrice secondaire dans le film de sa vie, Linda m'avait volé la vedette et j'étais destinée à pimenter le scénario sans pour autant avoir ma place dans la scène du baiser final. Quel situation dénigrante!
-Alors je crois qu'il me serais impossible de t'ignorer!
Il m'abandonna pour aller saluer Dougie et Tom de l'autre côté de la salle, laissant un inlassable manège prendre possession de mon cerveau. Entre sous-entendu et psychologie inversée, comprendre Danny était devenu "mission impossible". Cependant je ne pu m'empêcher de sourire, soulagée et flattée.
Une fois mes pensées calmées je pu contempler l'endroit. Il y avait du monde et le brouhaha de la foule sembla atteindre soudainement mes tympans comme si la réflexions de Danny m'avait rendu sourde durant quelques secondes. Le comptoir de bar était étouffé par une masse croissante de corps en transes. La musique résonnait, forte, battant violemment dans mes tempes. Je remarquai la petite estrade surmontée d'une batterie et de quelques amplis, dans un instant la scène allai être l'exutoire de Lucy, j'en frémis d'impatience. Les projecteurs rouges m'aveuglèrent alors que je distinguais Tom me faire de larges signes.
-Flame doit être en train de vomir ses tripes! Il y a tellement de monde!
La réflexion de Tom me fit sourire, il paraissait aussi nerveux que pouvait l'être Lucy.
-Peut être que si sa marche bien Burning Flame pourra aussi jouer ici un de ces jours! s'exclama Dougie.
-Tu compte redevenir notre bassiste? s'étonna Tom.
Je croisai le regard de Danny alors que Dougie acquiesçai un sourire sur-dimensionné accroché aux lèvres. La lumière perdit de son intensité et seule la scène se fit visible.
-Sa va commencer!!! entendis-je chuchoter.
J'inspirai profondément, croisant les doigts pour Flame. Je sentis une main m'attirer vers la droite, pas besoin de tourner la tête, cette chaleur était celle de Danny. Nous nous faufilâmes jusqu'à la scène. Les premiers accords de guitare résonnèrent, gracieusement. Une chanson de U2, je ne pouvais tout simplement pas me tromper. La petite Lucy s'avança, petite parce qu'elle ressemblai à une poupée de porcelaine fébrile au milieu de ces 3 mâles aux regards durs.
"I can't believe the news today..."
Un frisson me parcourut l'échine et je sourit. sa voix était de velours, pure, cristalline. Cette chanson m'avait toujours fait frémir, la voix de Bono plus puissante que les coups de feu qu'il tentait de combattre, mais la douceur de Lucy m'arracha un pincement au coeur, fragile elle donnait à cette merveille musicale une autre âme, une pincée de désespoir mêlé à l'envie d'y croire malgré tout.
"Sunday Bloody Sunday" l'hymne anti-violence s'accaparait des esprits les plus rebelles ce soir, et qui pourrait encore vouloir se battre après avoir entendu le murmure si puissant de Flame. Elle prononçait chaque mot comme une prière, autant d'émotion me fit trembler. La main de Danny me retint par la hanche tandis que je sentais mon équilibre se fragiliser. Le message subliminal était "Faites l'amour pas la guerre", en espérant que Danny le reçoive cinq sur cinq. Je laissai échapper un léger rire à cette pensée, j'étais d'un pathétisme.
-Dougie rend moi cette photo! Cria Lucy en se jetant sur son ami.
Cette image me rappela la première fois que j'avais vu Lucy avec Dougie. Nous étions tous heureux que la période de guerre ai laissé place à la complicité qui avait toujours régné. Lucy nous avait rejoint à une grande table après avoir finit son concert. Elle était au bord de l'hystérie, un "fan" avait pris des photo d'elle avec son Polaroïd et Dougie s'amusait à les lui voler. Les chansons avaient défilé aussi jouissive les unes que les autres, je ne regrettais pas d'avoir assisté à cette première, Lucy méritait de réussir, elle avait un incroyable talent.
-J'en reviens pas Lucy, j'ai adoré! M'exclamai-je pour la 21ème fois.
-Je te ferais des concerts privés, rétorqua t-elle en riant.
Elle était aux anges et personne ne pouvait l'ignorer. J'en avais conclu assez rapidement que l'accord avec le groupe allai se faire et je ne savais pas si je devais m'en réjouir.
Le concert finit, un DJ avait repris sa place initiale pour permettre à chacun de continuer à bouger son corps en rythme, ce que je n'envisageais absolument pas, la bonne nouvelle c'était que tout comme moi, la bande n'était pas décidée à danser.
La conversation tournait essentiellement autour de la fabuleuse prestation de Lucy, je commençai à décrocher quand le dialogue devint plus technique, je n'étais pas très calée en guitares, notes et amplis à vrai dire. Lorsque les discussions m'ennuyaient, la plupart du temps, je me prenais à observer les gens, leurs gestes, leurs mimiques, sans entendre le son de leur voix. Je m'amusait à croire que c'était un don, la capacité de baisser le volume et de découvrir à travers des mouvements, à priori commun, des sens cachés bien plus intéressants. Ce soir, il était inutile d'étudier la gestuelle de Lucy, elle était si heureuse qu'il lui était impossible de cacher quoique se soit, elle ne devait certainement pas penser aux conséquences, peut être fâcheuses, de cette envie d'être à l'affiche. En revanche Harry était plus calme, il était ailleurs, tout comme moi, les yeux fixés sur un point invisible de la table, il me parut mal à l'aise, angoissé. Contrairement à Dougie et Tom il ne s'efforçait pas de comparer Lucy à la nouvelle étoile montante du pays, avait-il des doutes sur ses intentions ou avait-il simplement les pieds sur terre? A en croire ses doigts qui frottaient frénétiquement le tissu usé de son jean, il ne pensait ni à la voix de Lucy, ni à son incroyable charisme mais à une chose bien plus difficile à déterminer. Je m'inquiétais. Il m'avait bien dit qu'il serait là pour moi si j'avais besoin de parler, il devrait en être de même pour lui. Par chance il était à ma gauche, je lui lançai un petit coup de coude dans les côtes, il se retourna en sursaut.
-Hey, sa va pas? Chuchotai-je.
-Si...merci.
Je soupirai, ma tentative d'aide avait lamentablement échouée. Il était évident qu'il n'allait pas bien.
-Qu'est ce que tu as Harry? Inutile de mentir, je sais que quelque chose te tracasse, insistai-je le regard plus que persuasif.
-Je...accompagne moi dehors!
Il se leva sans attendre que j'acquiesce et se dirigea vers la sortie sans que personne ne le remarque. Tout le monde était bien trop absorbé par les histoires de voix de Lucy. Tout comme lui, je m'évinçai incognito du petit groupe sans avoir besoin de faire attention à ma discrétion. J'accélérai le pas jusqu'à la sortie et le retrouvai adossé contre le mur, le visage enfouit dans ses mains. Je me mit face à lui, ne sachant pas vraiment quoi dire, il ne pleurait pas, ces épaules étaient immobiles mais il était mal, sans aucun doutes. Il inspira profondément et balaya mon corps d'un regard hésitant comme si il cherchait à savoir si me parler était la solution. Je fis un pas en avant tentant de lui faire comprendre que j'étais là, que je ne m'échapperais pas, il pouvait ouvertement me raconter ce qu'il se passait, jamais je ne le jugerai.
-Tout à l'heure...
Il fit une pause, laissant sa voix chevrotante reprendre de l'assurance.
-Je suis allai dans les loges après le concert, je voulais féliciter Lucy et lui faire une surprise et comme je connais bien le videur, il m'a laissé passé. J'ai entendu leur conversation.
Je hochai la tête.
-Lucy abandonne le groupe. Elle va signer un contrat avec les 3 musiciens qui l'ont accompagné ce soir. Ils sont sur le point d'enregistrer une maquette. Tu vois le genre de maquette professionnelle que nous n'aurons jamais la possibilité d'enregistrer sans producteur. Ils ont du talent et c'est une chance pour elle que le chanteur soit partit mais...seulement sans Flame le groupe n'existe plus...
Il renifla bruyamment, les yeux humides, je ne trouvais pas les mots justes, c'était lui le plus fort pour remonter le moral des autres, pas moi.
-Lucy, c'est l'âme de Burning Flame, sans Dougie, on peut s'en sortir mais sans elle c'est impossible tu comprends ?
Lui dire que j'étais déjà au courant aurait été inutile et gratuit. Je m'approchai et posai une main réconfortante sur son épaule.
-Vous êtes encore 3, ne dit pas que c'est fini, il vous suffit de trouver un chanteur ou une chanteuse. Je suis sûre que quelqu'un arrivera à sauver Burning Flame.
-Non Maddy, il n'y a plus de Burning Flame, il n'y a plus de Flame ! Je n'en veux pas à Lucy et je crois que c'est le pire, je savais qu'un jour elle allait nous quitter. C'est son rêve, qu'est ce qui pourrait l'arrêter ?
Il soupira et pris la main que j'avais posée sur son épaule quelques secondes plus tôt entre ses deux paumes brûlantes.
-T'es quelqu'un de bien Harry !
Il laissa échapper un rire doux et légèrement forcé et je le pris dans mes bras sentant le besoin oppressant de le protéger des effets néfastes de sa déception. Il m'enlaça à son tour, réceptif à cette curieuse bulle d'adoration qui nous avait capturé.
-Ah ok, je vois, désolé de vous avoir dérangé !
Cette voix rauque traversa ma poitrine comme une balle et mon c½ur cessa de battre un instant. L'étreinte de Harry se desserra instantanément et je sentis l'air froid de la rue prendre la place de ses bras creusant un vide dans cette bulle qui m'avait tant fait du bien.
-Danny ! Cria Harry avant de le poursuivre.
Je restai là, immobile, à me demander si cette scène digne d'un mauvais feuilleton aurait des conséquences. Difficile de mettre au clair ce qui ne l'avait jamais été. Danny nous avait surpris, Harry et moi, en train de nous enlacer. Une étreinte amicale et réconfortante, rien de bien méchant. Danny l'aurait-il pris pour autre chose ? Je me surpris à bouillir de plaisir, à frémir d'excitation. Serait-il jaloux ? Je posai une main affolée sur ma bouche en poussant un cri muet. Ce n'était ni la réaction de Danny, ni celle de Harry qui m'angoissées, c'était ma propre conscience, mon propre sadisme. J'étais heureuse et je tremblai d'une satisfaction égoïste et cruelle, pourtant qu'est ce qui aurai pu me rendre heureuse ? J'étais seule au milieu de la rue, Danny devait m'en vouloir, non, il devait en vouloir à Harry par ma faute, j'avais mis le bazar sans âme ni conscience et j'en était presque contente. Je gémis de honte et me portai jusqu'aux marches cachées par une rambarde de pierre. Je me laissai glisser sur l'une d'entre elle, mon corps désormais trop lourd pour tenir debout, mes allures de clocharde ne me donnèrent pas plus de force pour me lever. Ce que les passants pensaient, je n'en avais strictement rien à faire. J'avais honte de moi comme j'avais peur de la réaction Danny. Ma spontanée joie avait laissé place à une angoisse viscérale qui engourdissait mon corps le laissant de plomb sur le béton froid et sombre de la rue. Quand la porte du club claqua je ne fis pas l'effort de tourner la tête, une ombre s'étira devant moi, agrandit par la lumière fébrile du réverbère, puis une autre vint la rejoindre.
-Dan mais qu'est ce que tu crois ? Maddy est mon amie, on s'entend bien, c'est tout !
-J'en ai rien à faire Harry ! Ca ne me regarde pas ! Je suis désolé de vous avoir interrompu !
Je me redressai soudainement et approchai mon visage du rebord de la rambarde de façon à voir la scène. Le ton calme et serein de Danny me déçu.
-T'es vraiment un imbécile ! Cria Harry en riant.
Son interlocuteur se retourna en fronçant les sourcils devant l'air amusé de son ami.
-Lucy abandonne le groupe et Maddy me réconfortait, il n'y avait aucun sous entendu ! Et si tu t'en fou est ce que je peux savoir pourquoi tu réagis comme un gamin ?
-Je ne réagis pas comme un gamin, je suis fatigué et je veux rentrer chez moi, c'est un crime ?
-Tu dois raccompagner Maddison !
Danny soupira.
-Dan arrête de jouer au mec inaccessible et insensible, si tu continues tu vas finir par la perdre !
-Je n'ai rein à perdre !
-T'es vraiment borné, je te connais et tu sais que tu peux m'en parler !
-Mais il n'y a rien à dire Harry ! Maddy est une amie pour moi aussi, il n'y a rien de plus !
Chacun de ses mots perfora mes côtes comme des coups de couteaux. Un voile d'eau me brouilla la vue et une larme froide caressa ma joue. Je tentai d'enfoncer mes doigts dans la pierre glacée des escaliers mais je sentis juste mes ongles se plier douloureusement sous mon poids.
-Ne va pas lui faire croire quoi que se soit ! Elle n'est pas Linda et elle ne la remplacera jamais! Ajouta Danny.
J'appuyai ma tête contre la rambarde et entrouvrit la bouche dans l'espoir de pouvoir respirer. Je jetai un coup d'½il autour de moi essayant de contenir la vague de douleur qui s'était mise à couler dans mon sang avec perversité. Que m'arrivait-il ? Je me repliai, serrant mes côtes pour ne pas me déliter.
Je suffoquai, découvrant à quel point le monde était superficiel, un ciel étoilé, l'odeur de la mer, le souvenir de Peter, l'amitié de Harry, sans Danny, le monde n'était rien qu'une façade ironique et cruelle, sans lui, rien ne paraissait réel et digne d'être vécu. Une force inconnu se saisit de mes côtes jusqu'à me priver d'air et je gémis de souffrance, mes veines me brûlaient rageusement, mon corps ne semblait plus m'appartenir et je le regardai comme si il était possédé. Je serrai les dents étouffant le prénom de Linda avec le sentiment mortel qui me morcelait à présent. Le pathétisme de cette scène m'arracha un cri de rage inaudible, comme si la boule qui oppressait ma gorge ne laissait plus passer aucun son. Résignée à contenir toute cette souffrance à l'intérieur de mon corps, moins fragile que je ne l'aurais cru, je fermai les yeux jusqu'à ce que l'image tremblante du visage de Danny daigne enfin disparaître. Tentative vaine.
Je ne saurai expliquer quelle force me permis de me remettre sur pied, d'effacer les coulées de larmes sur mes joues et de parler sans sangloter. Je fit un pas, comme guidée par une présence intérieur et me trouvai face à Harry et Danny qui me dévisageaient gravement.
-Maddison, murmura ce dernier pour lui-même.
-Ramène moi chez moi, lançai-je sans le regarder en marchant vers l'endroit où il avait garé la moto.
Si j'avais croisé son regard, je me serai mise à pleurer comme une idiote, il ne le méritait pas et moi non plus malgré mon effroyable tendance à me faire des films. J'eus à peine le temps d'entendre Harry siffler entre ses dents « T'es vraiment con » qu'une main se referma sur mon épaule.
-Lâche moi ! Hurlai-je telle une tragédienne à Danny.
D'un coup d'épaule violent je le fit lâcher prise et il attrapa mon poignet de façon à ce que je me retourne.
-Maddy...
-Je t'ai demandé de me lâcher ! Lâche moi ou je cris !
J'avais parfaitement conscience de mon comportement puéril et mélodramatique pourtant sentir sa peau contre la mienne était encore plus douloureux que d'entendre le son de sa voix.
-Tu n'aurais pas dû entendre ça ! Je ne voulais pas que tu l'entendes.
-C'est trop tard, fallait y penser avant !
La clarté de ma voix m'étonna. Une fois devant la moto Danny me tendit un casque, je le lui arrachai des mains sans le regarder.
-J'arrive pas à parler, murmura t-il comme si cet effort lui coûtait toute sa force.
Je serrai les poings.
-Il faut toujours que tu gâches toutes les soirées, m'écriai-je.
Je secouai la tête espérant mettre au clair toute les phrases, tous les mots qui se percutaient violement dans mon cerveau.
-Ramène moi chez moi s'il te plaît, ajoutai-je comme un soupir.
Il n'ajouta rien, ne répliqua rien, il fit ce que je lui avais demandé de faire sans un mot. M'accrocher à ses hanches durant le trajet me coûta plus de force que je ne l'aurait cru, le casque me donnait une sensation d'asphyxie insupportable.
Une fois dans ma rue, il s'arrêta à quelques pâté de maison de chez moi de façon à ce que mon père ne nous surprenne pas sur cet engin démoniaque. Je descendis en évitant soigneusement qu'il me touche, j'ôtai mon casque dos à lui et le lui rendit sans me retourner, craignant qu'il voie mes yeux rougis par mes pleurs.
-Je te raccompagne...
-Non !
-Maddison je...
-Ne te justifie pas ! J'ai compris.
Une main nerveuse glissant dans mes cheveux j'accélérai le pas jusqu'à ma maison, qui pour une fois me parut être le refuge idéal.

